Philosophie ostéopathique
L'ostéopathie est un art manuel, autonome, permettant de remédier aux troubles, impotences et douleurs fonctionnels par des ajustements ou manipulations strictement manuelles physiologiques destinées à améliorer la mobilité et motilité des différentes structures anatomiques du corps, os, muscles, ligaments, tendons, organes, viscères, reliées entre elles par les aponévroses assurant ainsi le lien mécanique de notre corps, vivant, donc mouvant.
L'ostéopathie est un art sémiologique, défini par AT STILL, en 1874, selon des principes de biologie, de sociologie et de philosophie émanant d'Herbert SPENCER, et de Wallace RUSSELL, formalisé autour de grands principes :
L'homme corporel est un tout, somatique et psychique, naturellement optimisé pour pouvoir s'adapter en permanence à son environnement, en évoluant, à chaque cycle cellulaire, pour préserver son autonomie, et son adaptabilité, garantie de l'équilibre de santé.
Parfois, les excès, les manques, déplacent cet équilibre dynamique, et nos capacités pourtant plastiques et réversibles, perdent leur qualité en perdant leur potentiel de mouvement.
C'est exactement ce que l'ostéopathe, dans son examen clinique programmé du corps recherche.
Car la vie étant le mouvement, l'ostéopathe considère qu'un tissu, moins mobile, qu'un organe moins plastique, qu'une suture crânienne moins malléable, qu'une articulation moins mobile, sont autant de facteurs mécaniques perturbant la libre circulation des liquides du corps, sang artériel, veineux, lymphe et liquide céphalo-rachidien, que l'on peut, par des gestes appropriés, des pressions mécaniques avec faible ou haute vélocité, modifier, en leur redonnant leur potentiel cinétique, permettant de nouveau la communication inter tissulaire, permettant de nouveau la synergie entre les systèmes, puisque le corps est pris comme un tout, un système complexe.
L'outil de l'ostéopathe est l'instrument des instruments, si l'on reprend Aristote, qui mentionnait également que le mouvement était la vie. La main ostéopathique est une main qui s'éduque, et qui travaille tout au long de la clinique et de la sémiologie fonctionnelle qu'elle découvre.
La main apprend la palpation en palpant, beaucoup, finement, en comparant les tissus, les textures, les mobilités, les viscosités, les densités, les températures, les élasticités, les plasticités.
La main apprend la percussion en écoutant des sonorités, des vibrations, des rythmes, des fréquences, des nuances, des contrastes.
La main apprend l'auscultation, l'écoute tissulaire, l'attention manuelle focalisée sur des micro-mobilités cellulaire, tissulaire, systémique, offrant une attention spécifique à la respiration.
La main apprend l'inspection, l'empathie et le tact, l'éthique du toucher, l'art de se poser, de recueillir, les signes fonctionnels du patients, en prenant le temps de les tester, fonctionnellement, de les rendre physiques, pour poser un diagnostic différentiel, afin de cadrer ses compétences aux seuls dysfonctions, non organiques, pour savoir adresser les motifs ou syndromes ne relevant par de sa thérapeutique et de son expertise sensitive.
La main apprend, et peut apprendre tout au long de sa vie.
Affiner les tacts épicritiques, protopathiques, ajuster le discernement sensoriel par étalonnage permanents des sensibilités et des contrastes décelables. Une étude interne en 2010 rapportait qu'après six ans d'études, une main discernait 0,71° celsius au lieu des 1,5° en début de cursus, et que l'on percevait manuellement une différence pressionnelle deux fois plus petite en fin de cursus.
La main s'éduque, et cet apprentissage se fait en touchant, pressant, posant, essayant, testant, tout au long du parcours de formation de la main, le parcours de l'ostéopathe.
Car la main n'agit seule, et si elle est guidée par une subjectivité artistique, elle est aussi guidée par une sémiologie fonctionnelle, reposant sur des fondations théoriques fondamentales, telles l'anatomie, la physiologie, la pathologie fonctionnelle, qui apporte la science à la manualité de l'ostéopathe, si, le toucher est empreint d'un tact, d'une politique, d'une morale, d'une éthique, donc, nécessairement d'une philosophie.
Tout le monde peut faire de l'ostéopathie, toutes les techniques, les gestes s'apprennent.
Mais tout le monde ne peut pas être ostéopathe. Travailler sa présence, son écoute, son relationnel tactile verbal et non verbal, lors du colloque singulier de la rencontre thérapeutique. Etre ostéopathe revendique une intégration de la philosophie de l'ostéopathie, qui doit se vivre, s'appréhender, se comprendre et s'apprendre, manuellement, mentalement, avec la conscience d'agir, et d'être pour agir.
Savoir quand, où, comment agencer ses praxies, à quelle fréquence traiter une dysfonction, à quelle période, avec quelle technique, selon quelle gouvernance physiologique, selon quel axe thérapeutique ?
Ces questions thérapeutiques majeures n'acquièrent de réponses pragmatiques qu'avec le contact, la proximité et le tutorat d'enseignants, ostéopathes, guides manuels pour former des praticiens autonomes, réflexifs, étant ostéopathes, et non simplement faisant de l'ostéopathie.
L'ostéopathie est un art, car elle est systémique, et parce qu'elle est philosophie, réflexion, mesure et utile comme tactile pragmatique, elle est anatomie, physiologie, histologie, sémiologie, elle est sens, sensorielle, sensitive, et ouvre les possibles d'un entendement holistique dans la prise en charge des patients offrant des attitudes thérapeutiques et praxies justes et mesurées pour restaurer l'état de santé du patient, cet équilibre dynamique, dont certaines manualités peuvent être des catalyseurs de soins, offrant un retour à des conditions physiologiques nécessaire à l'épanouissement de soi, dans une vie juste et bonne, optimisée un art de vivre.
Cyril CLOUZEAU





